Quand on cherche « entreprises d’intelligence artificielle en Tunisie », on tombe presque toujours sur la même chose : un annuaire étranger, une liste de prestataires classés par nombre d’avis, et très peu d’informations sur ce que ces entreprises construisent réellement.
Cette page répond autrement. Elle recense les acteurs qui font de l’IA en Tunisie, ce qu’ils construisent, et ce qui manque encore. Nous la mettons à jour chaque trimestre.
Ce que la Tunisie a déjà prouvé
Deux sorties ont changé la façon dont le monde regarde la tech tunisienne.
InstaDeep, fondée en 2014 à Tunis puis installée à Londres, construit des systèmes d’aide à la décision fondés sur l’apprentissage par renforcement. BioNTech a finalisé son rachat en juillet 2023 pour environ 549 millions de dollars. C’est à ce jour la plus grande acquisition d’une entreprise d’IA née en Afrique.
Expensya, née en Tunisie et basée à Paris, automatise la gestion des notes de frais par lecture automatique de documents. Le suédois Medius a finalisé son rachat en juin 2023.
Ces deux histoires disent la même chose : le talent est là, et il produit des entreprises de niveau mondial. Elles disent aussi une chose plus inconfortable. Dans les deux cas, la valeur finale a été captée ailleurs.
Le matériel
Enova Robotics, fondée en 2014 à Sousse, fabrique des robots de surveillance et de service. C’est l’un des rares acteurs tunisiens à travailler le matériel et pas seulement le logiciel, et le rappel utile que l’intelligence artificielle ne s’arrête pas à un écran.
La langue, le vrai terrain tunisien
C’est ici que la Tunisie possède quelque chose que personne ne peut construire à sa place.
iCompass et InstaDeep ont publié TunBERT en 2021, présenté comme le premier modèle de langue pré-entraîné pour le dialecte tunisien, avec son code et ses jeux de données en accès libre.
Linagora a publié Labess-7B-Chat, un modèle ouvert affiné sur le derja, puis une chaîne complète de la parole à la parole en tunisien : reconnaissance vocale, modèle de langue, synthèse vocale.
ClusterLab travaille le traitement automatique de l’arabe, en partant du constat que les grands modèles internationaux restent faibles sur les dialectes et sur le contexte culturel.
216Bot travaille l’alternance codique, ce mélange d’arabe, de français et d’anglais dans une même phrase qui est la façon normale de parler en Tunisie.
Un résultat les relie tous. Un article de recherche publié sur arXiv en novembre 2025, How Well Do LLMs Understand Tunisian Arabic?, mesure que les grands modèles de langue comprennent mal l’arabe tunisien. Ce n’est pas une opinion, c’est une mesure.
La carte, en un coup d’œil
| Acteur | Domaine | Statut |
|---|---|---|
| InstaDeep | IA de décision, biologie | Racheté par BioNTech, 2023 |
| Expensya | Automatisation financière | Racheté par Medius, 2023 |
| Enova Robotics | Robotique de surveillance | Indépendant, Sousse |
| iCompass | Traitement du langage, derja | TunBERT, 2021 |
| Linagora | Modèles ouverts, voix tunisienne | Labess, chaîne vocale |
| ClusterLab | Traitement de l’arabe | Actif |
| 216Bot | Alternance codique | Actif |
| IyedeX | Produits grand public en derja | 3amAli, en ligne |
Ce qui manque encore
Un banc d’essai public du derja. Personne ne publie de tableau de scores ouvert, daté et reproductible, qui mesure ce que les grands modèles comprennent réellement du tunisien. Sans cela, chaque acteur affirme et personne ne vérifie.
Des données tunisiennes. Les corpus existants sont petits, dispersés, et rarement pensés pour le tunisien parlé d’aujourd’hui. C’est le goulot d’étranglement de tout le reste.
Des produits, pas des démonstrations. La recherche tunisienne sur le derja est réelle et publiée. Ce qui reste rare, c’est le passage du dépôt de code à quelque chose qu’un Tunisien ouvre sur son téléphone un mardi soir sans savoir ce qu’est un modèle de langue.
Le cadre
La Tunisie s’est dotée d’une stratégie nationale d’intelligence artificielle à l’horizon 2030, et le Startup Act reste le cadre de référence pour les jeunes entreprises technologiques, avec un label qui ouvre l’accès à un ensemble d’avantages fiscaux et de change. Pour une entreprise d’IA qui se lance aujourd’hui en Tunisie, ce sont les deux textes à lire avant tout business plan.
Où se situe IyedeX
Nous ne sommes pas un laboratoire, et nous ne prétendons pas l’être. IyedeX est une entreprise tunisienne qui construit des produits d’intelligence artificielle pour les Tunisiens, en logiciel comme en matériel.
Notre premier produit, 3amAli, est un assistant qui répond en dialecte tunisien. Il est en ligne, gratuit, et utilisable aujourd’hui. Notre pari est simple : la Tunisie n’a pas seulement besoin de modèles qui parlent tunisien, elle a besoin de produits que les Tunisiens utilisent vraiment.
Cette page est vivante
Cette carte est incomplète, forcément. Si vous construisez de l’IA en Tunisie et que vous n’y êtes pas, ou si une information est inexacte, écrivez-nous et nous corrigerons.
Nous mettons cette page à jour chaque trimestre. Prochaine révision : novembre 2026.