Imaginez ouvrir ChatGPT et lui demander la recette d’un plat traditionnel bien épicé, et qu’il vous réponde avec une expression typiquement de chez nous, avec notre humour local et notre accent.
Nous voulons tous une intelligence artificielle qui nous comprend vraiment, une IA qui saisit nos blagues, notre culture et notre façon unique de parler. Mais malgré l’énorme engouement mondial pour l’IA, créer un modèle 100% tunisien reste un défi colossal.
Pourquoi ne pouvons-nous pas simplement construire notre propre “ChatGPT Tunisien” ? Tout se résume à un mélange d’écriture chaotique en ligne, de coûts exorbitants et au fait que les robots ne comprennent tout simplement pas notre sarcasme. Décryptons tout cela.
1. Le dilemme des données : Nous n’avons pas assez de mots en ligne
L’IA est comme un enfant super-intelligent. Pour apprendre une langue, elle doit lire des milliards de mots. Les grandes entreprises ont entraîné leurs modèles en leur faisant “lire” la moitié d’Internet - des livres, des articles et des sites web principalement en anglais.
Voici le problème : Le dialecte tunisien est principalement parlé, pas écrit. Lorsque nous l’écrivons en ligne, c’est un mélange chaotique de lettres latines, de chiffres, de français et d’anglais. Pensez-y : comment épelez-vous un mot interrogatif simple dans un message texte ? Chacun utilise sa propre combinaison de lettres et de chiffres.
Si nous ne pouvons même pas nous mettre d’accord sur l’orthographe de nos propres mots, comment un robot est-il censé en apprendre les règles ?
Ce que l’IA a réellement à lire en ligne
Les modèles d’IA sont affamés de contenu tunisien. Voici un aperçu de ce qu’ils consomment réellement sur le web.
Vous ne pouvez pas construire un cerveau artificiel massif en utilisant seulement quelques milliers de commentaires et légendes de réseaux sociaux mal orthographiés.
2. La facture exorbitante
Construire une IA à partir de zéro n’est pas comme créer une application mobile standard. Cela nécessite des superordinateurs massifs, de la taille d’un entrepôt, remplis de puces ultra-puissantes et extrêmement chères.
Les géants de la technologie dépensent des centaines de millions de dollars rien que pour payer l’électricité et le matériel nécessaires à l’entraînement de leur IA. Pour un projet local destiné uniquement à notre population, trouver ce genre de financement est incroyablement difficile.
La réalité de l’IA en chiffres
Comparons ce qu’il faut pour construire ces modèles :
| Ce que nous comparons | IA Mondiale (Type ChatGPT) | IA Régionale (Moyen-Orient) | Le rêve de l’IA Tunisienne |
|---|---|---|---|
| Coût de création | 50 à plus de 100 millions de dollars | 2 à 10 millions de dollars | 500 000 $ et plus (Juste pour démarrer) |
| Ce qu’elle lit pour apprendre | Des milliers de milliards de phrases parfaites | Actualités, encyclopédies, livres formels | Textes brouillons, mèmes et langues mixtes |
| Superordinateurs nécessaires | Plus de 10 000 puces de pointe | Plus de 1 000 puces | Des centaines de puces (Difficiles à importer) |
| Comprend-elle nos blagues ? | Pas du tout | À peine | Oui (en théorie !) |
3. Les robots ne comprennent pas le sarcasme tunisien
Les Tunisiens sont les champions du monde de l’alternance de codes linguistiques : nous commençons une phrase dans notre langue maternelle, ajoutons un verbe en français et terminons par un mot d’argot en anglais.
Les modèles d’IA actuels sont trop rigides pour cela. Si une IA est formée sur un langage ultra-classique et formel, elle parlera comme un présentateur de journal télévisé. Elle passera complètement à côté du sarcasme, des sens cachés et de la saveur culturelle d’une vraie conversation tunisienne.
(Comme le montre le graphique, l’IA est super intelligente en anglais, mais complètement perdue face à notre argot ou notre sarcasme).
Alors, sommes-nous condamnés à parler aux robots de façon formelle ?
Pas exactement ! Nous n’avons pas besoin de construire une IA à plusieurs millions de dollars à partir de zéro.
La stratégie la plus intelligente pour la Tunisie est de prendre une IA existante, gratuite et open-source, et de l’envoyer dans une école tunisienne. En rassemblant des données propres et organisées, comme la transcription de podcasts, de pièces de théâtre et d’émissions de radio tunisiennes, les développeurs locaux peuvent “affiner” ces modèles pour comprendre notre dialecte.
Le talent technologique existe déjà chez nous et est prêt à relever le défi. Il suffit juste de commencer à transformer notre dialecte magnifique et chaotique en données que les machines peuvent réellement lire.
Notre mission chez IyedeX : Passer à l’action
C’est exactement là qu’intervient notre rôle chez IyedeX. Nous avons compris que nous sommes uniques, avec une culture riche et un dialecte complexe, et que nous avons besoin d’une technologie qui nous ressemble véritablement. Notre mission est d’adapter l’IA à la Tunisie pour qu’elle cesse d’être un concept étranger et commence à résonner avec notre quotidien.
C’est pourquoi nous n’avons pas attendu. Nous avons déjà entamé cette démarche décisive en lançant notre tout premier produit destiné au grand public (B2C) : 3amAli. À travers ce lancement, nous avons fait le premier pas pour amener une intelligence artificielle adaptée directement aux Tunisiens. Nous croyons fermement qu’il est temps d’avoir un assistant qui comprend non seulement nos mots, mais aussi notre identité, notre humour et notre culture.